Une vie, un témoignage

Jean S.

En 2013, j’ai réalisé un projet qui me tenait à cœur depuis longtemps : me rendre à Saint-Jacques de Compostelle à pied.

Cette idée me trottait dans la tête depuis de nombreuses années. Lorsque l’on m’a annoncé, en juin 2000, que j’étais touché par la maladie de Waldenstroëm, j’ai craint que cela ne soit pas possible. J’avais presque abandonné ce projet lorsque j’ai été traité de décembre 2010 à juin 2011 (fludarabine).

En retraite depuis le 1er novembre 2012 et ayant bien récupéré de mon traitement, j’ai relancé ce projet avec deux amis.

Nous avons débuté notre périple à Saint-Jean-Pied-de-Port dans les Pyrénées-Atlantiques le 26 avril 2013 et nous sommes arrivés à Saint-Jacques de Compostelle le 21 mai. Comme nous sommes finistériens, nous avons décidé d’aller jusqu’au Cap Finisterre, soit 90 kilomètres de plus. Nous y sommes arrivés le 24 mai. Au total, nous avons fait 900 kilomètres en 29 jours, soit une moyenne de 31 kilomètres par jour. Au bout de quelques jours de marche, on prend un rythme et cela n’est pas très difficile. Dans les mois qui précédaient, je m’étais bien entraîné (marche et footing). Je n’ai pas eu de problèmes au pied (pas d’ampoules, ni d’échauffement). Par contre, le temps n’a pas été très beau durant le périple : neige à Roncevaux et en arrivant en Galice, pluie, vent. Malgré tout, nous avons eu de belles journées, mais la température n’a jamais dépassé 18 degrés.

Le « camino » a été l’occasion de rencontres extraordinaires ou insolites. Le nombre de pèlerins était déjà important au cours de la période. J’ai été étonné par le nombre de pèlerins non-européens : japonais, coréens, canadiens, américains, sud-africains… J’ai même rencontré un philippin, un néo-zélandais, un mexicain. Avant de partir, j’avais appris un  peu d’espagnol avec la méthode Assimil, mais la langue la plus utile sur le « camino » est l’anglais.

Les motivations des pèlerins sont très diverses : elles sont religieuses pour certains, mais pour d’autres, elles sont culturelles, sportives ou simplement l’occasion de faire le point sur sa vie. Ainsi le jeune philippin que j’ai rencontré m’ a expliqué qu’il se rendait à Compostelle parce qu’il était catholique et pour réfléchir à ce qu’il allait faire de sa vie. Beau Programme.

J’ai bien aimé deux textes signalés par une amie et retrouvés sur le chemin, textes tout simples, écrits par des pèlerins. Le premier était affiché à l’albergue (refuge) de Reliegos en Castille et León :
« Sur le camino, on apprend la géographie, l’art, l’histoire et les relations humaines ; on fait du sport et on stimule ses sens au contact avec la nature ; on souffre, on rit, on rêve et on se sent heureux d’être vivant, à l’écoute des pierres, des églises et parlant avec les forêts, les fleurs et les rivières. En faisant connaissance avec le camino, nous faisons connaissance avec nous-mêmes, afin de continuer à cheminer par tous les chemins du monde. En plus d’entrer en contact avec les habitants des régions que traverse le camino, on fait connaissance avec des personnes de tous âges, métiers, idées, religions et pays. Certains voyagent pour le tourisme, le sport ou le divertissement, d’autres recherchent le profond mysticisme spirituel du camino et quelques-uns sont fanatiques de l’art et de l’histoire ».

Le deuxième texte figurait, sur le mémorial dédié à Guillermo Watt (décédé sur le chemin), avant d’arriver à Sarria : « Tout comme le camino, la vie est divisée en étapes, et peu importe quelle sera la prochaine, du moment que l’on profite au maximum de la présente ».
Là aussi beau programme.

Nous avions choisi le « camino francés », c’est-à-dire la voie la plus fréquentée. Nous sommes passés par Pampelune, Burgos, León… Le « camino » est très bien balisé et nous ne nous sommes jamais trompés de route. Parfois, nous avons eu des hésitations lors de la traversée des grandes villes, mais, dans ce cas, il y avait toujours un habitant pour nous montrer la direction, le plus souvent sans que l’on ait besoin de demander. La plupart des personnes rencontrées nous souhaitaient « Buen camino ».

En résumé, cela a été une expérience formidable. L’étape la plus difficile a été le retour en bus : 21 heures de bus de Saint-Jacques de Compostelle jusqu’à Rennes avec la compagnie Eurolines.  Départ à 12h00 – Arrivée le lendemain matin à 9h00.